Faut-il sauver Willy en Islande?

Si vous vous promenez dans les rues de Reykjavik, vous pourriez bien vous faire arrêter par un volontaire de l’IFAW pour signer une pétition qui cherche à sauver, à défaut des pandas, les baleines.

Photo de baleine

En effet en Islande, la pêche à la baleine est une activité autorisée et contrôlée mais le débat est loin d’être clos. Difficile de s’y retrouver entre les arguments de chacun, qu’ils soient d’ordres économique, éthique ou affectif, surtout pour une Française rarement familiarisée à ce qui touche de près ou de loin au gigantesque mammifère. Pour nous aider à nous faire une idée, Roland, Megan, Vignur, Sigursteinn et Bjarni nous ont fait part de leur savoir et de leur expérience.

« La pêche à la baleine n’a rien de traditionnel en Islande »

A la différence de l’Alaska ou des îles Féroé, la pêche à la baleine en Islande est une activité venue de l’étranger. Avant que les Européens ne viennent chasser la baleine dans les eaux islandaises, il n’y avait en Islande qu’une seule loi, datant du Moyen-Âge, qui concernait l’animal. Celle-ci statuait qu’une baleine venue s’échouer sur une plage revenait au propriétaire de la plage en question. Une expression encore utilisée aujourd’hui est née de cette loi : «hvalreki» qui signifie littéralement «baleine échouée» est employée pour désigner un cadeau que le hasard ou la fortune vous a fait et pour lequel vous êtes heureux et reconnaissant. Mais en aucun cas il n’était question de s’approprier par la force une baleine. Ce sont les Basques qui furent les premiers à venir chasser des baleines au XVIIème siècle, avant de passer la main aux Hollandais puis aux Norvégiens. «A l’époque, il était totalement justifié de parler de véritable massacre et de gaspillage» m’explique Roland Assier, directeur du département poisson salé chez Iceland Seafood International mais également enseignant à l’école des guides sur l’économie islandaise. En effet, les baleines étaient principalement chassées pour leur huile, combustible parfait pour s’éclairer. Des cadavres restaient alors échoués à pourrir sur les plages ou lestés pour disparaître dans les fonds marins. En 1915, témoins du carnage, les Islandais décident d’interdire la chasse à la baleine. Elle reprend en 1948, à Hvalfjördur «le fjord des baleines», pilotée cette fois-ci par une compagnie islandaise. Après plusieurs lois et réformes, sont finalement adoptés en 2009 des quotas annuels valables pour une période de 5 ans.

Une activité légale, contrôlée et en décroissance naturelle

Tableau quotas baleines

Tableau référençant les quotas de pêche à la baleine des dernières années ainsi que le nombre d’animaux finalement pêchés par année et par espèce

 

Deux espèces de baleines à fanons sont pêchées dans les eaux islandaises : le petit rorqual et le rorqual commun. Ils sont chassés principalement pour leur viande mais pas que. On produit aussi à partir de sa graisse riche en protéines des huiles et des farines destinées à la consommation humaine, à l’élevage du bétail ou encore utilisées dans les domaines de la biotechnologie ou de l’industrie cosmétique. La viande des petits rorquals approvisionnent le marché domestique alors que celle des rorquals communs est exportée. Mais peu d’Islandais mangent de la baleine régulièrement et ce sont surtout les touristes qui se laissent tenter par l’exotisme du mets. «C’est un plat que nous recommandons aux clients pour une raison simple : le goût est incroyable et défie les meilleurs steaks de bœuf que j’ai pu goûter» affirme pourtant Bjarni, le chef cuisinier de l’Islenski Barinn, un restaurant qui propose dans son menu un steak de baleine assaisonné au poivre. Quant à l’avenir de l’exportation de viande de baleine, il n’est pas plus prometteur que celui du marché domestique. En effet, il est très compliqué d’acheminer la viande de baleine jusqu’au Japon, principal consommateur, car ni l’Amérique ni l’Europe ne veulent participer à cette activité mal réputée.

Le conflit entre la chasse et l’observation des baleines

Une autre activité bien plus lucrative s’est développée autour de l’animal : les croisières d’observation de baleines. La société Elding a été pionnière dans ce domaine. Dans le même esprit que l’organisation IFAW, cette entreprise familiale née en 2000 a cherché une alternative à la chasse à la baleine qui puisse bien sûr protéger les mammifères mais être aussi profitable à l’homme. Le pari est gagné : aujourd’hui, derrière la pêche (aux poissons) et l’aluminium, le tourisme est la troisième plus grande industrie en Islande et l’observation des baleines figure parmi le top 3 des activités les plus prisées par les touristes. Les croisières offrent aux touristes l’occasion d’admirer les baleines mais également d’en apprendre plus sur l’animal, son mode de vie et les enjeux écologiques qu’il incarne. « Nous sommes là pour instruire et sensibiliser les gens, mais pas pour leur faire la morale » explique Megan Whittaker, guide et spécialiste naturaliste chez Elding. Mais Megan et Vignur ne cachent pas leur engagement contre la pêche à la baleine qu’ils pensent cruelle, inutile et néfaste pour leur activité. Vignur Sigursveinnson, assistant manager et capitaine des bateaux de croisière depuis la naissance d’Elding, affirme que les baleines sont plus méfiantes envers les bateaux et sont de moins en moins nombreuses à cause de la pêche à la baleine.

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« Rencontrons-nous hors de votre assiette »

 

Le combat actuellement mené par Elding, en collaboration avec l’IFAW, se concentre sur la protection des petits rorquals, car ils sont à la fois les animaux les plus pêchés et les plus observés. « Nous cherchons à agrandir la zone protégée dans laquelle la pêche est actuellement interdite à toute la baie de Flaxa (Faxaflói) » précise Megan. La lutte promet d’être longue, car c’est précisément dans cette zone que 80% des petits rorquals sont pêchés.

Carte projet Elding

Carte du projet de la compagnie d’observation des baleines Elding

 

Mais les associations qui luttent contre la pêche à la baleine ne nourrissent pas d’animosité virulente envers les pêcheurs. « Je comprends très bien que chacun cherche à gagner sa vie comme il le peut et il se trouve que l’observation des baleines est une activité plus rentable que la pêche à la baleine. Nous serions donc heureux d’accueillir ces capitaines à bord des bateaux de croisière ». affirme Sigursteinn Másson, représentant de l’IFAW en Islande.

Des zones de flou persistent

Il faut cependant rester prudent quant aux conclusions trop hâtives. En effet, pour vraiment savoir si le petit rorqual et le rorqual sont menacés d’extinction à cause de la pêche, pourtant contrôlée, il faut mettre en relation le nombre d’animaux pêchés par an en parallèle avec la population de ces espèces dans les eaux islandaises. Mais selon les partis, les chiffres divergent. Par exemple, pour le petit rorqual on chute de 30 000 individus dans une première version à 9 600 selon une seconde tandis que les chiffres officiels du Ministère de la pêche portent à croire que la permanence des espèces n’est pas menacée puisque les quotas sont toujours fixés en fonction de la population recensée tous les 6 ans. De plus, des facteurs autres que la chasse peuvent expliquer le comportement ou l’absence des baleines. En effet, leur raréfaction peut également être liée au réchauffement climatique ainsi qu’à la baisse de quantité de nourriture dans les eaux islandaises. Souvent, des arguments chocs sont aussi avancés pour convaincre de l’horreur de l’activité : méthodes de chasse archaïques et cruelles, gaspillage, négligence de l’intelligence supérieure du mammifère…

En réalité, il n’y a pas besoin de recourir à ces déclarations plus ou moins fondées. L’activité tend déjà à disparaître car la demande est faible et la pression des associations et pays étrangers est forte. Ce n’est sans doute plus qu’une question de temps et …de fierté. En effet, il y a bien une chose sur laquelle tous les partis divergents se sont mis d’accord. L’une des raisons pour laquelle la chasse à la baleine continue, malgré l’affaiblissement évident de l’activité, est la fierté du peuple islandais. Il est hors de question que les Islandais se laissent dicter dans leur pays ce qu’ils doivent faire ou non.

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